Indieberlin a pu conduire un entretien avec William Rezé, alias Thylacine, jeune compositeur de musique électronique originaire d’Angers. Anciennement joueur de saxophone, il a commencé à se faire un nom en 2013. Il jouera en compagnie de Camp Claude à la Kesselhaus pour la Fête de la Musique 2016, le 21 juin prochain.

Indieberlin : Salut William, je ne sais pas si ça te saoule de faire des interviews. 

Non, t’inquiète pas. C’est la troisième que j’enchaine aujourd’hui. Les deux premières étaient pour des médias allemands, c’est cool de passer en français, c’est bien.

Indieberlin : Tu as fait les Beaux-Arts d’Angers, dans quelle section ?

Il n’y a plus vraiment de sections aux BA, c’est séparé entre Art et Design. Moi j’étais en Art et au final je bossais déjà pas mal sur tous les rapports que peuvent avoir l’image et la musique. Donc en partant de partitions, d’interprétations graphiques, un peu autour de ça quoi.

Indieberlin : Étaient-ce des partitions de jazz ?

Non non. C’était un peu de tout, un questionnement : pouvoir retranscrire de la musique de manière graphique ou de pouvoir interpréter des choses graphiques ou visuelles comme ça. Ça m’est arrivé de faire pas mal de vidéo ou d’installations, des trucs où tu pouvais interpréter musicalement des tableaux, des peintures, des trucs comme ça. C’est assez particulier, autour de la traduction.

Indieberlin : As-tu fini ou arrêté les diplôme beaux-arts ?

J’ai arrêté un peu en cours de route, j’ai fait quatre ans là-bas. C’est-à-dire que j’ai eu ma Licence et je me suis arrêté avant le Master pour faire de la musique parce que c’était le moment où ça commençait à pas mal avancer et puis je voyais de moins en moins l’intérêt que l’école pouvait m’apporter. J’avais besoin d’un truc un peu plus concret, ce que m’apportait la musique.

La musique que je faisais, je ne savais pas trop ce que c’était. Je ne sais pas si c’était de la techno, de l’ambient, du trip hop ou de la pop

Indieberlin : Avant ce projet, écoutais-tu déjà de l’électro?

Je commençais à en écouter mais c’était vraiment les débuts quoi. D’ailleurs, la musique que je faisais, je ne savais pas trop ce que c’était. Je ne sais pas si c’était de la techno, de l’ambient, du trip hop ou de la pop. C’était un peu un mélange de tout ça et je ne savais pas exactement ce que je faisais. Ça s’est un peu affiné au fur et à mesure. J’ai découvert un univers un peu plus électronique que je peux délaisser de temps en temps.

Indieberlin : Tu dirais que ta carrière actuelle a commencé quand exactement ?

Ça a commencé en 2013 à peu près. Mon premier EP que j’ai sorti en musique électronique c’était en 2012. Je l’ai sorti alors que j’avais du faire un concert en musique électronique. Avant ça, j’avais déjà joué dans des groupes au saxophone, en jazz et puis en orchestre avant ça. Mais pas en tant que compositeur solo.

Indieberlin : Des gens ont commencé à t’encourager à faire de l’électro ?

Non pas du tout. J’ai même commencé tout seul parce que je n’étais pas du tout dans le milieu de l’électro, c’est un truc que je ne connaissais pas trop et en fait je suis arrivé à la musique électronique parce que j’avais vraiment envie de composer. J’en avais un peu marre de l’instrument et ce qui m’intéressait le plus c’était de pouvoir construire un morceau et d’y faire passer des émotions, de passer du temps dessus et faire un truc qui te ressemble un peu. C’est la musique électronique qui m’a permis de faire ça. Peut-être que si j’avais eu un orchestre, j’aurais fait de la musique orchestrée (rires). Mais petit à petit j’ai commencé à découvrir un peu mieux ce genre de manière très globale et puis voilà. Mais j’ai commencé vraiment dans ma chambre en regardant des tutos Youtube et en lisant des livres sur la French Touch plutôt qu’en allant en club.

Indieberlin : Connais-tu Camp Claude ?

Euh, très, très peu. Je connais surtout de nom, je ne les ai jamais vus en concert.

Indieberlin : T’aimes bien Kraftwerk ?

Pas plus que ça.

Indieberlin : Parce qu’avec la couverture de l’album…

Ah oui visuellement, j’adore. La pochette est devenue comme ça parce que je m’étais d’abord fait tatouer le trajet et puis c’est après que je me suis dit que ça ferait aussi une bonne pochette. J’aime bien une esthétique assez minimaliste qui peut évoquer tout simplement un trajet, un voyage. Mais Kraftwerk, ça fait partie d’une période qui me parle beaucoup.

Indieberlin : Es-tu déjà venu à Berlin ?

Oui, il y a deux ans. Même pas pour jouer, pour composer avec quelques musiciens sur des compositions ensemble. Certaines pour de la pub, d’autres juste comme ça. Une sorte de colloque, j’étais resté deux semaines à peu près.

Indieberlin : Ça t’avait plu ?

Ça m’avait surpris, c’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. On a tellement vanté, surtout dans le milieu de la musique électronique, les mérites de Berlin, qu’au premier abord j’étais assez déçu. Par dessus tout, il faisait 9° alors qu’on était en août mais j’ai commencé à découvrir un peu la scène, tout ce qu’il s’y passait en termes de culture. J’ai un peu mieux compris pourquoi plein de gens adorent Berlin.

Ma cabine était remplie de matos et de trucs et je ne pouvais même pas tenir debout

Indieberlin : Tu as fait un voyage à bord du Transsibérien l’année dernière, t’as eu un sentiment de claustrophobie parfois ?

Vaut mieux pas non, mais moi ça va. Je pense que si je n’avais pas fait de la musique au bout d’un moment j’aurais pété un cable. Mais en composant, je ne me suis même pas posé la question, alors que pourtant ma cabine était remplie de matos et de trucs et je ne pouvais même pas tenir debout. J’étais obligé de rester assis ou allongé pour dormir.

Mais il y a la fenêtre déjà c’est pas mal.

Indieberlin : Une fois arrivé à Vladivostok, qu’as-tu fait ?

À Vladivostok ? Bah j’ai fait du surf à cinq heures du matin alors que je n’avais pas dormi depuis deux jours et puis j’ai pu faire un concert là-bas, ce qui était cool. On avait préparé ça en cours de route. J’avais emmené mon matos pour faire un concert au cas où et j’avais envie de finir le projet comme ça, de manière plus festive.

Vladivostok c’est une chouette ville en fait, c’est particulier mais c’est assez intéressant. Le carrefour de l’Asie et la Russie, et de la Corée du Nord.

Indieberlin : As-tu d’autres projets pareils ? Type l’Orient Express ou un truc du genre ?

Je vais essayer de ne pas faire une redite de train et tout, mais en tout cas ça m’intéresse de composer de la musique comme ça. Rencontrer des gens et créer une musique qui raconte vraiment une histoire. C’est d’une part super inspirant pour moi, ça permet également de proposer un projet un peu différent d’un album studio. Je suis un peu en grosse réflexion là-dessus, comment continuer dans cette voie-là sans faire une redite de Transsiberian ? Je ne vais rien pouvoir te dire maintenant mais ce sera pour un peu plus tard. Je me laisse aussi le temps d’une part de jouer cet album un peu partout, et puis de bien préparer le prochain, de partir quand je serai prêt. Histoire de pas embrayer directement si c’est pas totalement mûr.

Indieberlin : Est-ce qu’un album doit être composé de titres qui tendent vers le même but, un son bien défini qui va guider la trame ou est-ce que tu peux te permettre de rassembler des chansons, des rythmiques bien différentes ? Est-ce qu’il faut une cohérence ?

J’aime bien le format album quand il a un intérêt. Quand il raconte une même histoire, quand il y a une vraie narration du début jusqu’à la fin. C’est pour cela que j’ai directement pensé à ce projet. Si c’est pour rassembler plein de morceaux que j’ai fait à différents moments dans un même album, je vois un peu moins l’intérêt et le rapport. J’aime bien quand un album raconte quelque chose, qu’il est logique et qu’il t’amène quelque part. Après c’est mon point de vue, ma façon d’entreprendre l’album.

Entretien mené par Patrick Bird